C'est un fait qui laisse les visiteurs incrédules : cette paisible sous-préfecture du Loiret est l'un des berceaux de la Chine contemporaine. Des cars de visiteurs chinois viennent chaque année photographier ses plaques de bronze, et Montargis s'est même vue surnommer un temps « de Venise à Shanghai ». Voici pourquoi.
Le mouvement Travail-Études
Au tournant des années 1910-1920, la jeune République de Chine cherche à former une génération de cadres modernes. Le mouvement Travail-Études (« un an de travail, un an d'études ») envoie en France des milliers de jeunes Chinois : le jour, ils travaillent en usine ; le soir et entre deux contrats, ils étudient le français, les sciences… et les idées politiques qui circulent dans l'Europe d'après-guerre.
Le Gâtinais devient l'un des grands foyers du mouvement : on estime que plusieurs centaines de ces étudiants-ouvriers — environ trois cents — passent par Montargis et ses environs, employés notamment à l'usine Hutchinson de Châlette-sur-Loing, aux portes de la ville, où l'on fabrique des chaussures en caoutchouc.
Un adolescent nommé Deng Xiaoping
Parmi eux, un jeune Sichuanais au visage rond, arrivé en France à 16 ans : Deng Xiaoping. En 1922, il rejoint l'usine Hutchinson, où sa fiche d'embauche est toujours conservée — avec cette mention restée célèbre après son second passage : « a refusé de travailler, ne pas reprendre ». L'adolescent découvre ici la condition ouvrière, le militantisme et les cercles de la jeunesse chinoise en France, aux côtés de figures comme Zhou Enlai, futur Premier ministre, qui fréquente aussi la région.
Un demi-siècle plus tard, l'ouvrier de Châlette devenu numéro un chinois lancera les réformes qui transformeront la Chine — et le monde.
D'autres pensionnaires du Gâtinais deviendront ministres, généraux ou intellectuels majeurs de la Chine du XXᵉ siècle. Pour les historiens chinois, Montargis est tout simplement un lieu de naissance du projet chinois moderne.
La piste chinoise : l'histoire à ciel ouvert
La ville a balisé un parcours mémoriel, la piste chinoise : une promenade jalonnée de plaques de bronze bilingues reliant les lieux où les étudiants-ouvriers vécurent, étudièrent et se réunirent — collège, foyers, places, bords de canaux. Comptez une heure de marche, carte disponible à l'office de tourisme. C'est une façon inattendue et émouvante de redécouvrir la ville.
Le musée de l'amitié franco-chinoise
Installé rue Raymond-Tellier, dans l'ancien foyer où logeaient les étudiants chinois, le musée historique de l'amitié franco-chinoise rassemble photographies, documents et objets du mouvement Travail-Études. Petit par la taille, grand par le sujet — et régulièrement visité par des délégations venues de Chine, preuve que l'histoire est tout sauf anecdotique.
À Pékin comme à Chengdu, « Montargis » évoque quelque chose à beaucoup de Chinois cultivés — souvent plus qu'à bien des Français. La gare a même accueilli des cérémonies officielles franco-chinoises.
En pratique
- Piste chinoise : en accès libre, toute l'année. Départ conseillé depuis le centre, carte à l'office de tourisme de l'Agglomération Montargoise.
- Musée de l'amitié franco-chinoise : vérifiez les jours d'ouverture avant votre visite (horaires saisonniers).
- À combiner avec : le circuit des canaux — les deux promenades se recoupent joliment. Voir tous les incontournables.
Dormez sur les lieux de l'histoire
Le centre de Montargis se prête aux explorations à pied — piste chinoise comprise. Notre recommandation : un appartement cosy de 60 m² entre gare et canaux, avec parking gratuit, jardin partagé et deux vélos pour pousser jusqu'à Châlette-sur-Loing sur les traces de l'usine Hutchinson.
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